UIMM – Côte d’Azur & Corse

Travail, compétences, industrie : les clés d’un modèle social durable

Notre modèle social fait partie de notre histoire collective. Il protège, il accompagne, il sécurise. Mais une question devient de plus en plus difficile à éviter : comment continuer à le financer durablement sans fragiliser celles et ceux qui créent la valeur ?

Dans le dernier numéro de la revue Sociétal, consacré à notre modèle social, Hubert Mongon, délégué général de l’UIMM, partage une conviction claire : un modèle social soutenable reste possible. Mais cela suppose de revoir son architecture, son financement et sa gouvernance.

Son analyse intéresse directement les entreprises industrielles. Car derrière les grands débats nationaux, il y a une réalité très concrète : le coût du travail, la compétitivité, la formation, les compétences et l’attractivité des métiers.

Autrement dit, le sujet n’est pas seulement économique. Il touche aussi à l’emploi, à la jeunesse et à l’avenir productif de notre pays.

À lire : la revue Sociétal consacrée à notre modèle social

Ce numéro de Sociétal réunit plusieurs contributions autour d’un même enjeu : comment préserver un modèle social protecteur sans continuer à repousser les difficultés devant nous ?

La contribution d’Hubert Mongon apporte un éclairage essentiel pour le monde industriel. Elle rappelle une idée simple, mais trop souvent oubliée : on ne peut pas financer durablement la protection sociale en affaiblissant le travail qui la rend possible.

Un modèle social protecteur, oui. Mais soutenable, c’est mieux

La France consacre une part très importante de sa richesse nationale à son modèle social. C’est un choix de société fort. Il traduit notre attachement à la solidarité, à la santé, à la retraite, à l’accompagnement des parcours de vie.

Mais la question n’est plus seulement de savoir si notre modèle social est généreux. Elle est de savoir s’il peut rester solide dans le temps.

Quand les dépenses progressent plus vite que les recettes, le système s’essouffle. Quand le financement repose trop fortement sur le travail, les entreprises finissent par perdre en compétitivité. Et quand les entreprises perdent en compétitivité, elles investissent moins, recrutent moins et produisent moins.

On voit bien le cercle vicieux. Et il n’a rien d’un joli manège de fête foraine.

Le vrai défi consiste donc à sortir d’une logique de court terme. Il ne s’agit pas d’opposer protection sociale et entreprise. Il s’agit au contraire de comprendre que l’une dépend aussi de la bonne santé de l’autre.

Le coût du travail, un sujet très concret pour l’industrie

Pour les entreprises industrielles, le coût du travail n’est pas une notion abstraite. C’est un élément qui influence les décisions d’investissement, les recrutements, les implantations de sites, la modernisation des outils de production et parfois même le maintien d’une activité sur un territoire.

Dans la revue Sociétal, Hubert Mongon alerte sur le renchérissement du coût du travail pour les industriels. Il évoque notamment 1,5 milliard d’euros supplémentaires en charges pour l’industrie.

Ce chiffre doit nous faire réfléchir.

Car l’industrie a besoin d’investir. Elle doit moderniser ses équipements, intégrer les transitions environnementales, former ses équipes, attirer de nouveaux talents et rester compétitive face à des concurrents européens et mondiaux.

Si l’on augmente trop fortement les charges sur le travail, on réduit mécaniquement les marges de manœuvre des entreprises. Et ces marges sont pourtant indispensables pour préparer l’avenir.

En clair : une entreprise qui produit en France doit pouvoir continuer à le faire sans être pénalisée par rapport à ses concurrents.

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Compétitivité : attention au décrochage silencieux

Le décrochage industriel ne se voit pas toujours d’un seul coup. Il avance souvent par petites touches.

Un projet d’investissement repoussé. Une production déplacée. Une usine qui ferme. Un centre de recherche qui s’installe ailleurs. Un jeune talent qui part là où les perspectives semblent plus attractives.

Ce sont parfois des signaux faibles. Mais mis bout à bout, ils racontent une histoire bien réelle.

Dans Sociétal, Hubert Mongon rappelle que le déficit des échanges extérieurs de biens a dépassé 69 milliards d’euros en 2025. Pour les biens manufacturés, le déficit atteint 46 milliards d’euros.

Ces chiffres ne sont pas là pour faire peur. Ils servent à regarder la situation en face.

L’industrie reste un moteur essentiel pour l’emploi, l’innovation, les territoires et la souveraineté économique. Quand elle s’affaiblit, c’est tout l’écosystème qui est touché : sous-traitants, fournisseurs, centres de formation, emplois qualifiés et bassins de vie.

Voilà pourquoi la compétitivité industrielle n’est pas un sujet réservé aux économistes. Elle concerne directement notre capacité à créer de la valeur et à financer nos solidarités.

Remettre la valeur travail au centre

La conviction défendue par Hubert Mongon tient en une idée forte : le travail doit redevenir un pilier central de notre modèle social.

Cela ne signifie pas travailler plus pour le plaisir de remplir son agenda. Personne ne rêve d’une réunion supplémentaire un vendredi à 18h. Enfin, presque personne.

Cela signifie reconnaître que le travail produit de la valeur. Il finance les protections collectives. Il donne accès à l’autonomie. Il permet de transmettre des savoir-faire. Il structure les parcours professionnels et personnels.

Dans l’industrie, cette valeur travail prend une forme très concrète.

Elle se voit dans un atelier, sur une ligne de production, dans un bureau d’études, au sein d’un service maintenance, dans une entreprise de la métallurgie, de l’aéronautique, de l’électronique, de l’énergie ou du naval.

Elle repose sur des femmes et des hommes qui conçoivent, fabriquent, réparent, contrôlent, améliorent et innovent.

Remettre le travail au centre, c’est donc aussi redonner de la visibilité à celles et ceux qui font tourner l’économie réelle.

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Former les jeunes : un investissement, pas une dépense

L’autre idée forte portée par Hubert Mongon concerne les compétences.

Pour préparer l’avenir, il faut investir massivement dans la formation. Pas seulement dans les discours. Dans les faits.

L’industrie a besoin de compétences solides. Elle recherche des techniciens, des opérateurs qualifiés, des ingénieurs, des chaudronniers, des soudeurs, des usineurs, des spécialistes de la maintenance, de l’électronique, de la robotique, du numérique industriel et de la transition énergétique.

Ces métiers existent. Ils recrutent. Ils évoluent. Et ils offrent souvent de vraies perspectives.

Encore faut-il mieux les faire connaître.

L’enjeu est majeur pour les jeunes, les familles, les enseignants, les demandeurs d’emploi et les salariés en reconversion. Trop souvent, l’industrie souffre encore d’images anciennes. On la voit comme un secteur fermé, alors qu’elle se transforme à grande vitesse.

Former les jeunes aux métiers industriels, c’est préparer les compétences dont les entreprises ont besoin. C’est aussi offrir des trajectoires professionnelles concrètes, utiles et durables.

L’industrie, une réponse aux défis sociaux

On parle souvent de l’industrie à travers la production. C’est logique. Mais l’industrie joue aussi un rôle social majeur.

Elle crée des emplois qualifiés. Elle forme des jeunes. Elle permet l’ascension professionnelle. Elle fait vivre des territoires. Elle favorise la transmission entre générations. Elle donne du sens à des métiers utiles.

Dans un contexte de transition écologique et technologique, cette dimension devient encore plus importante.

Les entreprises industrielles doivent relever plusieurs défis en même temps : produire mieux, réduire leur impact environnemental, intégrer de nouvelles technologies, sécuriser leurs recrutements et accompagner l’évolution des compétences.

Cela demande de la stabilité, de la confiance et une vision de long terme.

Un modèle social soutenable ne peut donc pas se construire contre l’industrie. Il doit s’appuyer sur elle.

C’est tout l’enjeu : faire de l’entreprise industrielle non pas une variable d’ajustement, mais un acteur central de la solution.

Le rôle de l’UIMM Côte d’Azur & Corse

Sur le terrain, l’UIMM Côte d’Azur & Corse accompagne les entreprises industrielles dans leurs enjeux quotidiens : emploi, formation, attractivité des métiers, droit social, relations sociales, développement des compétences et transformation des organisations.

Ce travail de proximité prend tout son sens dans le débat ouvert par la revue Sociétal.

Car les grandes réformes ne se résument jamais à des tableaux Excel ou à des déclarations nationales. Elles prennent corps dans les entreprises, les ateliers, les centres de formation, les établissements scolaires et les rencontres avec les jeunes.

Faire découvrir les métiers industriels, soutenir l’apprentissage, accompagner les dirigeants, favoriser le dialogue social, valoriser les compétences : tout cela contribue à construire un modèle plus solide.

Et surtout, plus réaliste.

Parce qu’un modèle social durable ne peut pas reposer uniquement sur des promesses. Il doit s’appuyer sur une économie productive forte, des entreprises compétitives et des compétences disponibles.

Conclusion

La contribution d’Hubert Mongon dans Sociétal pose une question essentielle : comment préserver notre modèle social sans affaiblir le travail qui le finance ?

La réponse ne tient pas en une formule magique. Ce serait trop simple. Et, avouons-le, assez suspect.

Mais plusieurs pistes se dégagent clairement : remettre la valeur travail au centre, alléger ce qui freine la compétitivité, investir dans les compétences, accompagner les jeunes vers les métiers industriels et redonner toute leur place aux partenaires sociaux.

Pour l’UIMM Côte d’Azur & Corse, ce débat est au cœur de l’action quotidienne.

Car l’industrie n’est pas seulement un secteur économique. Elle est aussi une promesse d’avenir pour les jeunes, pour les territoires et pour notre modèle social.

Préserver notre protection collective, c’est donc aussi soutenir celles et ceux qui produisent, forment, innovent et recrutent.

En un mot : faire confiance au travail.